vendredi 26 février 2016







Ô ma jeunesse
 
 
 
 
Portrait d'Emile Zola                                   Edouard Manet
 
 
 
 
 
Ô ma jeunesse abandonnée
comme une guirlande fanée
voici que s'en vient la saison
et des dédains et du soupçon
 
Le paysage est fait de toiles
il coule un faux fleuve de sang
et sous l'arbre fleuri d'étoiles
un clown est l'unique passant
 
 
 
Guillaume Apollinaire
"Alcools"
(extrait)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

jeudi 25 février 2016








Pour en finir



 
"automne"                                                                       shg





Je suis né d'une erreur du vent et de la mer
c'est pourquoi j'ai vécu au rythme des marées
poisson-lune égaré sur un chemin de terre
je n'ai fait que passer sans pouvoir respirer.






Tristan Cabral
"Le passeur de silence"
(extrait)








mercredi 24 février 2016







Au pas des arbres


 
Léo-Vinh   Beauvois




Suis-je seul à entendre
les cris stridents de la lumière
qui me réveillent le matin
pour me faire voir
les mâchoires d'un monde affamé
s'ouvrir d'un horizon à l'autre.




Frank Holden
"Au pas des arbres"
(extrait)







mardi 23 février 2016





 
Une autre explication du mystère
 
 
 
 
Van Dogen
 
 
 
 
Je ne peux plus rien voir,
au fond du ciel,
qu'un énorme chien blanc 
qui mord la lune.
Et le chien n'est pas un nuage.
S'il n'appartient à personne, il s'en ira.
Et nous pourrons revoir le jour.
Mais si le chien appartient à cet homme
qui s'accoude sur la montagne
pour nous regarder et se moquer de nous?
Les bruits mystérieux s'arrêtent 
et la nuit devient dure.
Nous sommes sur le point 
de faire un tour de plus.
 
 
 
Pierre Reverdy
"Main d'œuvre"
(extrait)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 22 février 2016






Et quand se fut 






Aykut  Aydogdu   






Et quand se fut parmi les sables
essorée la substance pâle du jour,
de beaux fragments d'histoires en dérive,
sur des pales d'hélices,
dans le ciel plein d'erreur
et d'errantes prémices,
se mirent à virer pour le délice du scoliaste.
Et qui donc était là
qui s'en fut sur son aile?
Et qui donc cette nuit, a 
sur ma lèvre d'étranger
pris encore malgré moi
l'usage de ce chant?



Saint John Perse
"exil"
(extrait)












samedi 20 février 2016




 
 
Un grand poème
 
 
 
 
Marc Dalessio
 
 
 
 

A nulle rives dédiée, à nulles pages confiée
la pure amorce de ce chant...
D'autres saisissent dans les temples
la corne peinte des autels :
Ma gloire est sur les sables!
Et ce n'est pas errer, ô Pérégrin,
que de convoiter l'aire la plus nue
pour assembler aux syrtes de l'exil
un grand poème né de rien,
un grand poème fait de rien...
 
Sifflez, ô frondes par le monde,
chantez, ô conques sur les eaux!
J'ai fondé sur l'abîme 
et l'embrun et la fumée des sables.
 
 
 
Saint John Perse
"exil"
(extrait)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

vendredi 19 février 2016






Le cœur géographe






Carolus Duran






Dans les saisons en marche
nous mûrissons des légendes
nous enfonçant dans les sentiers
qui ouvrent la forêt
nous devenons mémoire d'arbres
et nos rêves comme des oiseaux
battent des ailes au-dessus des fougères.







Joseph Paul Schneider
"Le cœur géographe"
(extrait)