lundi 9 février 2015




Le rêve d'Icare



Le rêve d'Icare                  gravure sur zinc                shg







Vois l'arbre aux ailes déchirées 
et l'Ange aux pieds enracinés
cloué à l'instant arrêté.
Ah! Morte envolée de vents
attachés à la nuit des souvenirs,
rets de désirs inassouvis 
gravés dans l'épaisseur des jours.
Qui me retient ici?

Quelle beauté que de toute façon
nous ne pouvons mériter?
Quels jeux dans cette arène
où nous sommes condamnés
en vies entrechoquées?
Quelle crucifixion du temps écartelé
au jour qui n'en finit pas,
à la nuit qui ne veut pas venir?
Vibrante corde de l'attente 
tendue dans la splendeur du vide, 
le regard distendu, près à se briser.
Qui me retient ici?

                                                        





shg 2015



















dimanche 8 février 2015




Le cœur biseauté




Jacob Czyz






Déjouez les sommeils tenaces et traquez les morts
Au fond de leurs tombeaux
Brûlez les boucliers pris aux hordes anciennes
Partez de nuit
Ne vous retournez pas
Sur vos neiges aucune trace
Les désarrois sont l'huile de vos lampes
et les larmes secrètes
la nacre paisible de vos cœurs
Ne ramenez jamais la voile
Et les jours d'écaille s'obstinent
que les conjurés se masquent
et exaltent les métamorphoses
de l'adolescent de chardons.
                                                             






 Jean Jacques Beylac
   "Le cœur biseauté" 














 








jeudi 5 février 2015







Des grandes prairies du vent




 

Nicolaas Neufchatel                    Ecole flamande                          1527  -  1600






Des grandes prairies du vent 
aux rivages éteints des rêves blancs,
le cri dressé des arbres fait frémir l'oiseau du jour.
Un soleil uni regarde fixement l'horizon équarri.
Pleurera-t-il demain ?
L'argent plaqué aux grandes eaux étales
lui renvoie la question
et la terre muette, tremblante,
lentement labourée de racines,
s'enfonce plus profondément encore 
dans les silences de son ombre.
Elle ne dira rien, ni aux hommes,
ni aux bêtes, des longs souvenirs
en veines souterraines qui fouillent ses entrailles.

Il faudrait y descendre, 
braver la nuit de ses propres peurs 
pour y trouver les gemmes
qui n'attendent que lumière pour s'allumer.
Il faudrait percer ses entrailles minérales
où dorment les sourds charbons
et remonter à grands mouvements de bras,
en efforts telluriques pour atteindre la surface.
Y retrouverait-on le jour alors ?
Pans entiers d'espoirs 
en bascule sur le rebord du doute,
ô vertiges sidéraux ! 
Existe-t-elle la lumière 
qui annule la question sans forcer les certitudes
et le jour enfin
qui porterait la paix !

                                                           








 shg  2015


 























mercredi 4 février 2015









 Voilà mes yeux   





Gustave Klimt    







Voilà mes yeux 
semblables à deux trous
dans la surface du visible.
J'habite l'épaisseur du miroir
d'où surgissent les rêves
qui retombent en éclats
et demeurent,
brisures impalpables
de l'instant qui passe.


                                                 




shg  2003
"Poèmes en noir et blanc"
(extrait) 






















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mardi 3 février 2015









Le vin, la tristesse et le soir 




  

Portrait de jeune femme(détail)      Musée Fabre Montpellier            Berthe Morisot







Visage et les doigts en forme de pleurs
Il n'y a rien de commun entre moi et vos gerbes
Ou cette mélodie qui a la couleur des naissances
alors je descends une rue de rosiers
Et je sens monter en moi un grand chagrin
Comme le sel de la mer


Cette femme qui rêve dans ses habits
Je ne la verrai plus dans les chants
Que la mort repose
J'épouserai ses mains
Ce souvenir de Galilée est très petit
Il y avait l'eau et moi tout seul
Comme l'oiseau qui vole dans l'église de marbre
A cause de ta mémoire on t'appela Morte
J'ai dit de ne faire nulle peine aux feuilles


Le vent principal songe des amants
Ni l'enfant de tes paupières
Jeune fille aussi haute que les arbres
A cause d'une peine sans figure
Le vin la tristesse et le soir
                

                                     
                                                 





                                                                Georges Schehadé 
                                                         " Les Poésies "
                                                                               
 

























L'âge de la vie  






Kathleen Girdler Engler




La verdure au gré de la mer 
Et des forêts et de l'aurore
Au gré des vagues et des feuilles
Et de la minime lueur 
Qui pénètre dans chaque cœur
Pour le confondre et l'augmenter
Dissipe la nuit et l'hiver
Et d'évidence en évidence
Je parle en témoin éclairé
Et la trame me paraît douce
De ce que je couvre de vie
Le mal est vain et la mort est vide
Douter est une comédie 
Que l'on se joue pour mieux sauter


                                                         


                                                          Paul Eluard
                                                 Poésie ininterrompue 
                                                                 (extrait)
















dimanche 1 février 2015






Arbre de chant 
pour Ana Maria Dali







Jeune fille à la fenêtre                                  Salvador Dali




Le roseau, voix et geste,
de nouveau, derechef,
tremble sans espérance
sur la brise d'hier.
 La fille en soupirant
le voulait attraper
mais arrivait toujours
une minute après.
Ah, soleil, lune, lune!
une minute après.
Soixante fleurs pâlies
s'enroulaient à ses pieds.
Vois comme il se balance 
de nouveau, derechef,
nu de fleurs et de branches
dans la brise d'hier.
                  
                                                     






 Frederico Garcia Lorca
  






Il n'y a que le beau qui puisse nous aider, qui puisse t'aider comme cela se passe pour moi.
A croire que c'est sa seule raison d'exister.
Comme le fait que ce soit la seule chose qui diffère et surnage sur ce monde. 
Le beau est la sublimation d'un cri qui survole la grisaille de l'existence et la solitude de l'être 
comme un chant au dessus du malheur. 
Sa qualité, sa hauteur, est bien souvent proportionnée  à la souffrance de l'être. 
Ce chant est celui de la lutte de l'esprit contre la matière.
Ce chant est celui qui donne la couleur et le sens de ta vie. 
Si un rôle nous est dévolu, c'est de porter ce chant et c'est dur comme pour d'autre de conserver la foi.
Si c'est un rôle, c'est le seul qui ait de l'intérêt.
Tu as toute mon affection.